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Archives d'articles

Sliabh Luachra: Un lieu à part

 

Publié la première fois, en 1995, dans le numéro 2 du magazine " The Set Dancer"

Il y a des noms de lieux qui résonnent dans votre tête quand vous les entendez mentionner et il y a des endroits dont vous vous rappellerez toute votre vie, des endroits où vous découvrez l' humilité, où vous apprenez à respecter les autres et à partager cet esprit qui connecte toute une communauté.

Vous découvrez ces lieux, vous rencontrez les gens qui y vivent et vous apprenez à apprécier la particularité et l'authenticité de cette tradition qui les a nourris.

C'est comme ci, après avoir passé toute votre vie à rechercher une parfaite harmonie entre le corps, le cœur et l'âme … Votre quête était afin accomplie.

Il y a un an, Allacoque O' Sullivan, Mary Cunningham, Christine Droillard et moi même (Didier Matherat) nous nous sommes rendus à Knocknagree dans le pub de Dan O' Connell pour une conversation avant la session* régulière.

Ce qui suit est une version éditée de notre conversation au coin du feu avec Dan O'Connell et Johnny O'Leary.

* une session est une soirée pendant laquelle des musiciens se retrouvent et jouent ensemble pour le plaisir

PS : Ces entretiens ont eu lieu en 1994. Depuis, Dan O' Keefe, Johnny O' Leary, Dan O' Connell et beaucoup d'autres anciens avec qui nous avons eu le privilège de danser nous ont quittés. Le pub de Dan O' Connell est maintenant malheureusement fermé. Une page est définitivement tournée. Heureusement qu'il nous reste ces souvenirs inoubliables pour continuer à danser......

 

 

Entretien réalisé avec  Dan O' Connell en 1994.

IMG326_2Pendant plus de 500 ans, la région du Sliabh Luachra a été complètement isolée du reste de l'Irlande. C'était un refuge pour les personnes dépossédées de leurs terres.

Ces personnes venaient de Wexford, d'une partie du Kerry, de Limerick, d'Offaly et du Tipperary.

Chacun apporta avec lui sa propre culture locale et cela donna naissance à une super-culture, non pas celle d'un petit village mais en réalité la culture de toute la province de Munster.

Ces habitants restèrent isolés pendant plus de 400 ans et la seule chose qui leur donnait de l'entrain et du courage, c'était la musique, les chants, la poésie et les contes.

C'est de cette manière que la culture a survécue ici, car ces pauvres gens n'avaient pas d'argent à dépenser pour se divertir.

Quand mes ancêtres sont arrivés ici vers 1830, ils trouvèrent des gens qui aimaient la poésie, la musique, les chansons et la danse.

La danse a toujours été présente dans le Sliabh Luachra. La danse a été présente aussi longtemps que la musique a été présente car la musique du Sliabh Luachra a été conçue spécialement pour la danse.

De la poule ou de l’œuf, je ne sais pas qui a été créé en premier? Mais ici, et à travers tout le pays, le renouveau du Set Dancing est survenu grâce au renouveau de la musique.

Avant l'ère des pubs, la danse se faisait dans les cuisines, et ceci était vrai à travers tout le pays. Quand j'étais jeune, dans le Sliabh Luachra, il était possible de danser 5 à 6 soirées par semaine.

Danser dans les cuisines ! Il n'y avait pas mieux !

Mais ici, dans cette partie du Munster, c'est la prospérité qui a fait décliner la danse dans les campagnes. Dans la région, quand les gens devinrent prospères, ils furent attirés par les « lumières » de la ville et ils en oublièrent leurs passe-temps favoris.

Mais maintenant, les jeunes comme les anciens sont de retour. Dans le Sliabh Luachra nous avions beaucoup de danses dans les maisons, aujourd'hui des chaumières ont été rénovées et transformées en lieux de rencontre où les gens y vont pour danser.

IMG467_2Je me suis intéressé au Set dancing car je suis né dans les années 1920 et le Set Dancing était la seule distraction à l'époque. On n'avait pas de télévision, pas de radio, pas de voiture, pas de cinéma. En fait, j'ai attendu d'avoir 23 ans avant de mettre les pieds à Killarney !

La seule distraction que j'avais, c' était d'aller de maison en maison pour danser. Quand j'étais jeune, il y avait un violoneux du nom de Ted Murphy. Il venait chez nous. On mobilisait les 2 sœurs et le frère et on se rendait dans une autre maison, il jouait quelques airs là car on savait qu'il y avait une fille prête à nous rejoindre.

Et puis, on allait dans une autre maison et on récupérait un autre couple ou deux et enfin on était assez nombreux pour faire un set ou deux et on passait une sacrée bonne soirée. La fois suivante, on refaisait le même circuit.

J'ai assisté à des danses aux carrefours, cela se passait toujours en début de soirée, plus exactement le dimanche en fin d'après-midi.

Mais, les gens préféraient sortir le soir plutôt qu'en fin d'après-midi, car, pendant la journée, tout le monde pouvait voir ce qui se passait.  Le soir, c'était plus discret et les occasions ne manquaient pas d'utiliser le don de la parole que Dieu nous offrit, pour tenter sa chance.......

Il était possible de rencontrer des personnes et de leur parler. Vous pouviez exprimez vos idées et rencontrer quelqu'un qui vous plaisait. Si vous étiez un jeune garçon à la recherche de l'âme sœur ou une jeune fille cherchant un garçon, vous aviez votre chance. En dehors de cela, il n'y avait guère de possibilités.

IMG430_2Et c'est pour cette raison, que dans le Sliabh Luachra set, dans la figure de hornpipe, les filles se déplaçaient vers le nouveau partenaire ( le mouvement d'avance-recule n' a été introduit que récemment). Quand la fille arrivait et avant d'enchaîner le mouvement suivant, vous aviez le temps, pendant quelques mesures, de lui parler ou éventuellement de lui donner rendez-vous.

Certaines personnes ne cherchaient qu'à se distraire, d'autres, au contraire, cherchaient l'opportunité de rencontrer quelqu'un.

Il a été prouvé médicalement que dans le Sliabh luachra, les gens vivaient plus longtemps que dans d'autres régions d'Irlande. C'est, semble-t-il, lié au style de vie qu'ils mènent ici.

Pendant plusieurs générations, ce sont les traditions, la musique et la danse, qui ont gardé les gens en vie.

Quand une mère se séparait de sa fille ou qu'un fils émigrait en Amérique, c'était une épreuve difficile et l'espoir de leur retour était bien mince.

Certains d'entre eux n'ont jamais connu leurs plus jeunes frères ou sœurs nés après leur départ.

C'était une occasion triste et la veille du départ, les voisins ainsi que les musiciens se rassemblaient autour d'eux pour la veillée qu'on appelait "la veillée américaine" ; en l'honneur de celui ou celle qui devait partir.

On jouait et on dansait tout au long de la nuit, jusqu'au petit matin. Le lendemain, on accompagnait la fille ou le fils jusqu'à la gare de Rathmore et on jouait et dansait de nouveau sur le quai.

Pendant qu'on s'amusait, on n'avait pas le temps de réfléchir. Et puis, d'un geste de la main, on faisait ses adieux à la fille ou au fils qu'on ne reverrait certainement jamais.

IMG322_2La musique a joué un rôle primordial pour les gens du Sliabh Luachra car ils ont soufferts beaucoup plus de l'émigration, des expulsions et d’exécutions que nulle part ailleurs dans le pays.

Il fallait quelque chose pour garder l'espoir et la musique a permis aux habitants du Sliabh Luachra de garder le moral.

Il y a des gens qui viennent ici chaque soir et quelque soit leur problème du moment, ils l'oublient. Ils viennent tout simplement pour s'amuser. Ils sont persuadés qu'en gardant l'esprit jeune on maintient son corps en forme.

Denis Murphy est parti à deux reprises en Amérique et à son retour il fut surpris de voir qu'il n'y avait plus de Set Dancing dans le Sliabh Luachra. Ce fut lui et Johnny O' leary qui ont commencé les sessions.

Il n'y avait pas meilleur qu'eux pour jouer pour les sets. Ils jouaient sans arrêt pour les sets, car c'est ce qu'ils avaient fait toute leur vie. Ils étaient particulièrement heureux de voir les gens prendre autant de plaisir à danser.

IMG428_2Aujourd'hui, beaucoup de musiciens ne sont pas très intéressés de jouer pour les sets. Aujourd'hui, c'est plus difficile car les danseurs en veulent toujours plus, ils ne veulent pas quitter la piste. Avant, on avait le temps pour une danse, une causette, une pause et puis une autre danse.

Ici, dans le Sliabh Luachra, le Set Dancing survivra tant que nous aurons la musique qui va avec, et je peux vous assurer qu'aujourd'hui, la plupart des musiciens du Sliabh Luachra sont favorables à jouer pour le Set dancing.

Ici, dans le Sliabh Luachra, la pratique du Set Dancing n'aura jamais l'ampleur qu'elle a atteinte dans des week-ends tel que celui que vous avez à Galway.

En fait, notre objectif c'est de garder notre week-end en l'honneur de Denis Murphy plaisant, agréable et à taille humaine plutôt que d'avoir trop de monde.

Si d'autres veulent réunir 2 ou 3 milles danseurs, pourquoi pas, du moment qu'ils soient à la hauteur pour organiser une telle manifestation.

Nous ne séparerons jamais le Set Dancing du reste de la culture. Nous voulons conserver l'équilibre et surtout s'assurer que la musique soit aussi respectée que le danse.

Nous aimerions voir les danseurs respecter la musique un peu plus qu'ils le font à présent.

Ils sont si impatients d'aller sur la piste et de danser qu'ils en oublient le reste de leur culture.

On aime aussi que les chanteurs aient leur place...tout comme les conteurs et ils n'en manquent pas dans cette région.

Il y en a qui n'ont jamais l'opportunité de montrer leur talent.

On essaie de maintenir un bon équilibre et faire en sorte que personne n'ait le monopole de notre culture, car si on en prends l'habitude comme le dit le dicton " On aura tous les œufs dans le même panier".Vous voyez ce que je veux dire!

 


 

Entretien réalisé avec Johnny O' Leary en 1994.

IMG446_2J'ai commencé à jouer il y a de cela quelques années quand j'avais 5 ans et maintenant j'en ai 70. Vous pouvez calculer le nombre d'années que cela fait. J'ai commencé sur un vieil accordéon à 10 notes que j'avais acheté chez Clancy, dans la rue principale de Killarney .

C'est un accordéon similaire à celui de Johnny Connolly, le superbe accordéoniste du Connemara.

J'ai joué quelques temps avec Dan O'Leary qui jouait du violon. A cette époque, Denis Murphy, le violoniste très réputé, jouait chez Tady Willie O' Connors à Gneevguillia.

La salle était remplie de gens. Denis jouait avec un autre musicien local.

Un soir, dans le bar, quelqu'un le frappa au visage, le prenant pour un autre. Il lui cassa 4 ou 5 dents de devant .

On dût l'amener d'urgence à l'hôpital pour lui retirer les dents cassées.

Se retrouvant seul, Denis Murphy me demanda si je voulais bien jouer avec lui. J'avais 12 ans ! Bien évidemment que j'ai accepté!

J'ai pris l'habitude de jouer avec lui et puis, l'autre musicien n'est jamais revenu. Il est parti en Angleterre et j'ai joué avec Denis chez Tady Willies pendant 34 ans.

Entre temps Denis a séjourné périodiquement en Amérique. A son retour définitif, on s'est retrouvé à jouer de nouveau ensemble.

IMG485_2Et puis, on est allé voir Padraig O' Keefe à Scartaglen. Padraig était un superbe violoniste et j'ai appris énormément avec lui. Il m'a donné plusieurs combines sur la manière de jouer de l'accordéon.

On avait l'habitude d'aller jouer avec lui et ceci jusqu'à sa mort. On a passé des soirées mémorables, parfois à jouer jusqu'à 7 heures du matin.

Denis était un de ses élèves, il était particulièrement doué et il était aussi populaire dans le monde qu'en Irlande.

Denis se mettait là haut sur la scène et il jouait toute la soirée pour les sets. Il adorait jouer pour les sets.

Dan O' Connell a commencé la danse ici, je pense en 1965. Au début lors de la première soirée, il y avait 5 ou 6 danseurs. La fois suivante, peut être 13 et puis cela a évolué petit à petit.

Après 6 mois, Knocknagree était plein à craquer.Cela vous indique à quel point c'était populaire ici pour les sets. Knocknagree est renommé dans tout le pays pour les sets. Même si ils ne sont pas les meilleurs, ceux qui les dansent ne sont pas non plus les plus mauvais.

Denis Murphy avait l'habitude de dire que Dan O'Keefe et son frère était les meilleurs danseurs à venir ici. Denis jouait régulièrement pour Dan dans une salle pas très loin d'ici quand celui-ci avait environ 30 ou 35 ans. Il disait qu'il était le meilleur danseur de jig de la région.

IMG451_2Dans le pub de Dan O' Connell, quand Dan venait y danser, bien qu'il soit de petit taille, il arrivait presque à toucher avec ses deux pieds la lampe qu'il avait pris pour cible! A ce moment là il avait 60 ou 65 ans, je me demande ce que ce devait être lorsqu'il avait 23 ans! Savez-vous quel âge il a maintenant? Il a juste eu 92 ans et les femmes le rendent toujours aussi fou.

La dernière fois que je suis allé jouer au Merchant's à Dublin, il piaffait d'impatience de venir avec moi, mais il attrapa un coup de froid quelques jours avant le départ. Il me téléphona et me dit qu'il ne viendrait pas car le voyage était trop long mais il me dit: «N'oublie pas de dire à toutes les femmes, là haut que j'ai demandé de leurs nouvelles ».

Toute ma vie, j'ai joué pour le Set Dancing. J'adore jouer pour les sets. Notre set local à l'époque était le polka set, 2 polkas, une jig, une polka, un slide et un hormpipe.C'était l'habitude !

Ensuite, il y avait un set de jigs, le Televara avec 4 jigs, un slide et un reel.

IMG448_2Quand on a commencé à aller à Miltown Malbay ou à Galway, on a découvert les sets de reel. J'aime bien les sets de reel. Je les joue quand je vais au Merchant's à Dublin. J'y vais régulièrement, j'adore voir la danse. Plus la danse est de bonne qualité, meilleurs sont les musiciens.

Beaucoup de musiciens ne veulent pas jouer pour la danse. Cela ne les intéresse pas. Ils jouent trop lentement. C'est une musique complètement différente.

Paddy O 'Byrne de Nenagh, un des meilleurs musiciens du pays m'a dit un jour: «  Ce n'est pas facile de jouer pour les sets car ils veulent une musique plus rapide et tu ne peux pas bien jouer les notes sur l'accordéon quand tu joues trop rapidement ».

Mais, en ce qui me concerne, j'adore jouer pour les sets. J'espère que les jeunes musiciens vont continuer à jouer pour les sets, car si ils ne le font pas, les gens se tourneront vers le rock and roll ou d'autres danses et ce serait une grande perte pour notre culture.

 

 

 

Interview de Pat Moroney

Cet entretien  que Didier et Christine ont eu avec Pat Moroney a été publié pour la première fois dans la revue Trad Magazine.

Pat, tu étais un des cinq professeurs présents pendant le week-end international de Set Dancing de Galway en Mars 1989. Peux-tu nous dire depuis combien de temps tu danses et de quelle manière tu as été amené à enseigner les sets?

Je danse depuis environ 6 à 7 ans, et ceci grâce à ma femme qui m'a amené dans cette direction. Elle danse depuis sa jeunesse. A son contact et à celui d'autres personnes, j'ai pris conscience que la danse était un des meilleurs moyens pour rencontrer des gens et surtout échanger des sentiments différents de ceux que j'avais pu rencontrer jusqu'à présent. Grâce à la danse, la sociabilité prenait un nouveau visage et j'ai pris l'habitude de danser avec les "anciens", les gardiens de la tradition. J'ai alors senti le besoin de travailler à la sauvegarde de cette tradition et d'enseigner dans l'optique dans laquelle j'avais appris.

IMG374De quelle manière as-tu appris ces Sets et qui t'a enseigné?

J'ai appris la base des danses auprès de Michael Butler, l'accordéoniste du Liverpool Ceili Band. Il dirigeait une classe de Set Dancing à Ennis. Il avait un grand respect pour la tradition.

Qu'est-ce qui t'a attiré vers le Set dancing?

A vrai dire, au début, je n'étais pas particulièrement intéressé. Mon intérêt a grandi avec le temps et la pratique. Cela a été une espèce de challenge, car si je voulais participer à l'ambiance générale, il me fallait faire cet effort. Cela n'a pas été facile et je me félicite maintenant d'avoir osé franchir ce seuil, car depuis le Set Dancing a donné un autre sens à ma vie.

Pour beaucoup de personnes, tu es considéré comme " le" professeur pour débutants. Pourquoi cet intérêt pour les débutants?

Dans quelques domaines que ce soit, avant d'arriver à l'expertise, nous devons progresser et avant de progresser, nous devons débuter. C'est le cycle normal. A nos débuts, nous avons tous été heureux de rencontrer quelqu'un qui nous transmette son savoir, grâce à sa gentillesse et à sa patience. Les débutants sont les danseurs de demain et ce sont eux qui maintiendront la danse en vie. Si on est capable de marcher, on doit être capable de danser. Alors, oui, je suis un professeur pour débutants. A mes yeux d'ailleurs, c'est une mission sacrée. De plus, les débutants n'ont pas de préjugés et ont soif d'apprendre et de bien faire. Si on leur apprend la bonne manière, ils l'assimileront beaucoup mieux que les personnes qui ont déjà dansé et qui ont pris de mauvaises habitudes. Ces personnes sont difficiles à corriger, car elles prétendent connaître, elles ont perdu l'humilité. De plus, si un débutant veut progresser, cela dépend de lui seul, par la pratique.

La tradition dans le Co. Clare a-t-elle été maintenue et transmise par les différentes générations jusqu'à aujourd'hui ou est-ce l'effet d'un renouveau qui est apparu internationalement pendant les années 70?

Jusqu'à maintenant la tradition a été relativement bien conservée, mais depuis quelques années, beaucoup de nouveaux danseurs veulent danser dans leur style personnel et ne tiennent plus vraiment  compte du style d'origine. De nouveaux professeurs apparaissent et enseignent leur propre style. Certains d'entre eux n'ont jamais dansé avec les anciens et n'ont donc aucune notion du style traditionnel. Actuellement, la tradition est en danger, non pas par les danseurs, mais par les professeurs, ceux-ci ayant perdu la notion de simplicité. Le fait que le Set Dancing soit sorti de son contexte convivial et qu'il soit utilisé pour le spectacle et la compétition, à grand renfort de rigueur militaire et de prouesses démonstratives, le vide de sa substance première, c'est à dire le plaisir.

La notion de compétition est mauvaise en soi. Bien entendu, depuis les années 70, il y a eu un renouveau, un phénomène de mode. Mais j'ai confiance, certaines personnes maintiendront cette tradition vivante car c'est une partie immuable de notre culture, et après toute cette explosion, la tradition sera préservée dans de petits cercles, tout comme elle l'a été entre 1920 et 1960, malgré les différentes pressions pour interdire les sets.

Penses-tu que les jeunes garderont cette tradition?

De plus en plus de jeunes viennent dans les classes ou les stages, des moins jeunes également, c'est un phénomène encourageant. Mais d'un autre côté, ils détruisent un peu le style. Le Set dancing survivra en Irlande, pas forcément le style. Je suis persuadé que dans quelques années, les gens viendront me voir et me demanderont de leur apprendre dans le vrai style traditionnel.

Bien que je ne sois pas pour les compétitions, je pense qu'une des choses que devrait faire le C.C.E, c'est d'officialiser les compétitions de Set, en obligeant les danseurs  qui veulent concourir à danser dans un style traditionnel. Cela permettrait peut-être de reconnaître l'importance des sets.

Quel est l'intérêt de week-ends tels que celui de Galway?

Ils sont nécessaires pour attirer de nouvelles personnes; plus nous auront de danseurs, plus le pourcentage de gens sensibilisés à la tradition sera grand, et plus la tradition aura de chance de survivre.

Auparavant, chaque village avait son set local; aujourd'hui, on danse des sets de différentes régions dans un même endroit, sans plus tenir compte de l'origine!

Il est vital de sauver ces anciens sets, car cela fait partie du patrimoine. Mais est-il nécessaire d'avoir 6 ou 7 sets presque identiques? Ne vaut-il pas mieux en garder un seul, qui aurait l'approbation de tous. En fin de compte, les gens choisiront eux-mêmes celui qu'ils préféreront danser.

Quelle fonction avait la danse dans la tradition?

A l'origine, en Irlande, il y avait une grande tradition de chant, et il n'est pas prouvé que la danse tenait une part importante de cette tradition. Après l'arrivée des sets au début du 19ème siècle et après leur popularisation par les maîtres de danse et les serviteurs des domaines et leur adaptation aux rythmes irlandais, ces danses eurent pour effet de souder les communautés, de créer une nouvelle sociabilité. Il faut se rappeler qu'il n'y avait ni radio, ni télévision, et que pendant les veillées qui se déroulaient dans les maisons des particuliers, la danse avait sa place au même titre que le conte, le chant ou la musique. C'est ce qu'on appelle l'atmosphère irlandaise.

 

 

Hommage pour Connie Ryan

Il a enseigné à tous les festivals de Galway.


IMG320Je me souviens qu'en 1989, nous nous rencontrions avec d'autres danseurs tous les mercredis soirs au "Harbour Bar". Après plusieurs réunions informelles, nous décidâmes d'organiser un week-end de Set Dancing .L' idée principale était de réunir plusieurs professeurs dans un même endroit et proposer ainsi aux danseurs un choix de styles et de méthodes d'enseignements différents.

Il serait également possible de changer de professeurs tout au long du week-end.

Il n'était nullement question d'établir une compétition entre les différents professeurs -bien au contraire- nous pensions qu'ils pouvaient être complémentaires.

set-dancing_c_054Pour le premier week-end nous avions choisis 6 professeurs, Connie Ryan, Joe et Siobhan O' Donovan, Pat Moroney, Timmy McCarthy, et Terry Moylan. Du fait qu'ils avaient tous un style et des méthodes d'enseignements différents, nous avons pensé que cette combinaison offrirait un plus grand choix pour les danseurs.

Pour les premières années, je m'occupais de la promotion du festival et j'allais à différents ateliers ou week-ends à travers tout le pays pour distribuer les programmes. Sans vouloir critiquer qui que ce soit, je peux vous assurer que Connie était de loin le meilleur et le plus efficace pour promouvoir notre week-end ainsi que de nombreux autres ateliers ou bals qui se déroulaient ailleurs.

Lors de notre première édition, nous étions très satisfaits d'avoir attiré plus de 400 personnes. C'était le résultat du travail de notre comité mais je dois préciser que Connie, sans oublier Betty bien évidemment, nous aida énormément en distribuant nos brochures et en mentionnant notre week-end à chaque opportunité qui s'offrait à lui.

IMG331aAprès le succès de ce premier festival, il fut decidé qu'à partir de maintenant , nous essayerions de mettre en place chaque année une rotation parmi les professeurs, en en remplaçant peut être un ou deux par un ou deux nouveaux. Chaque année c'était un choix très difficile que de décider qui devait être mis de côté l'année suivante. Très difficile en effet! Mais nous étions tous d'accord, il était impossible de remplacer Connie. Peut être que l'année suivante, ce serait le tour de Connie d'être remplacé et l'année arrivait et Connie était de retour. Du fait de sa grande popularité, il enseigna à chaque festival de Galway. Je me rappelle une année avoir compté 34 sets à un de ses ateliers dans la salle de Seapoint. Malheureusement, il ne sera pas parmi nous cette année.

De nombreux articles ont été écrits sur Connie ou le seront par d'autres personnes bien plus compétentes que moi. Je veux tout simplement préciser combien sa popularité était capable d'influencer le déroulement d'un stage. Personnellement, j'étais un de ses admirateurs et j'essayais de participer à ses stages autant de fois que possible

Connie nous a quitté mais la flamme qu'il a allumée en notre fort intérieur est encore bien vivante. Je lui serai à jamais redevable car j'ai appris énormément de Connie.

photo_C_078Il avait toujours un mot amical pour vous encourager. Il connaissait tout le monde. Je me suis souvent demandé comment Connie pouvait avoir une telle force intérieure, une telle mémoire et surtout une telle énergie.

Mais n'y avait-il pas quelque chose de supérieur dans ce grand Monsieur?

Le respect des choses simples, le sens d'une précieuse éternité, le désir de communiquer sans artifice, le besoin de partager son savoir et de garder l'esprit de la tradition vivant contre vents et marées. Et par dessus tout le besoin de danser en bonne compagnie et de se faire plaisir;

Comme Paul Mc Cartney le dit si bien dans une des ses chansons: J'ai besoin de Connie « Comme un château a besoin d'une tour, comme une seconde a besoin d'une heure »

Cet article fut publié la première fois en 1998 dans le numéro 4 du magazine « The Set Dancer »